Du côté des livres : Le consentement — Vanessa Springora — éditions Grasset

« Le consentement » En cette rentrée littéraire de janvier 2020, on ne parle que de ce livre. Ayant du mal avec : les succès hautement médiatisés, les témoignages et les règlements de compte, j’ai boudé cet ouvrage. Grâce à deux cercles de lecture que je fréquente et aux retours positifs émanant de personnes dont je considère l’opinion, j’en ai fait l’acquisition : et je ne le regrette pas. L’autrice Vanessa Springora signe avec Le consentement, un premier roman autobiographique fort réussi. Après moult rédactions, dans lesquelles elle cherche la manière d’aborder sa propre histoire, elle opte pour la première personne qu’elle juge apte à épouser avec justesse la jeune fille qu’elle a été. En même temps, qu’elle utilise ce « je », si intime, elle utilise une écriture que je qualifierais d’objective permettant de tenir l’émotion à distance. Une écriture factuelle, où tout un chacun peut s’identifier. Ayant personnellement été victime d’une manipulation psychologique, il m’a semblé que l’auteur mettait en ordre les mots qui tournent en boucles dans ma tête, sans parvenir à être formulés clairement. Dans ce livre, elle sera V., lui sera G. (Gabriel Matzneff) Au milieu des années 1980, V. a treize ans, fille de parents divorcés, elle est élevée par sa mère, son père quant à lui est aux abonnés absents. Lors d’un dîner en présence de sa mère qui travaille dans l’édition, elle rencontre G. Pendant ce repas, il la couve du regard. Après cette soirée, l’homme ne cesse de lui envoyer des courriers enflammés qui sauront combler son vide affectif. G. la rassure, jure ne vouloir que son bien. Âgée de 14 ans, elle finit par céder aux avances de cet écrivain respecté bien que controversé. Les rendez-vous dans la chambre de bonne de G. se multiplient. Vanessa Springora décrit avec minutie une époque qui autorise, cautionne les actes abjects d’un homme au charisme naturel, faisant autorité dans le milieu littéraire. Elle décortique, le processus de manipulation psychique dans lequel elle fut placée. Il pose clairement la question d’un consentement donné sous l’emprise d’autrui, en l’occurrence G. reconnu par ses pairs, et persuasif quant au bien qu’il procure à la narratrice.

Avec des mots précis, Vanessa Springora, plus de trente après les faits, prend l’auteur à son propre piège et l’enferme dans une prison de papier. Un livre comme un ultime cri afin d’être comprise et entendue. Un livre concis et juste. Une écriture remarquable. 

Myriam

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