Du coté des livres : Les choses humaines — Karine Tuil — éditions Gallimard 2019

Un fait divers survenu en 2015 sur le campus de Stanford inspire Karine Tuil pour ce onzième roman : Le procès d’un jeune et brillant étudiant accusé du viol d’une jeune femme lors d’une soirée étudiante. La sanction inique, infligée par la justice à son agresseur (six mois dont trois mois ferme) suscita un grand mouvement de contestation.

Dans sa fiction, Karine Tuil nous raconte l’histoire d’une famille influente d’un couple en apparence lumineux et de leur fils, le moment où tout va basculer et les répercussions de cet événement sur leurs vies, leurs manières d’être et de penser. Elle commence par nous brosser le portrait des personnages : Jean Farel, soixante-dix ans, un journaliste politique, vedette des médias depuis des lustres et qui tient à le rester ; Claire, sa femme – ou plus précisément sa future ex-femme, car ils divorcent –, beaucoup plus jeune, essayiste féministe reconnue ; Alexandre, leur fils, vingt et un ans, étudiant brillantissime, mais tourmenté ; Adam, pour qui Claire a quitté Jean, un quadragénaire issu d’un milieu juif orthodoxe qui enseigne en banlieue ; Françoise, soixante-dix ans, journaliste et maîtresse de Jean Farel, Mila, dix-huit ans, fille d’Adam, une jeune femme effacée mal dans sa peau. Il s’agit de portraits fouillés où nous est livré l’essentiel de leurs vies, leurs rapports aux autres, leurs projets et anxiétés. Mais l’autrice se focalise sur Jean, Claire et leur fils adulé Alexandre, car il s’agit de l’histoire de ce couple de pouvoir, beau en façade et d’un jeune homme qui dérape en commettant le mal. Karine Tuil nous donne à voir ces personnages sans poser aucun jugement sur eux, elle nous livre les informations nécessaires à l’instauration de l’empathie. Et nous sommes les témoins des tensions qu’ils portent en eux. Cette tension se charge de violence dans la seconde partie, à l’annonce d’une mise en garde à vue pour viol. La configuration de la narration change. Les dialogues prennent une place prédominante. Perquisition, convocations, interrogatoires, confrontations. La troisième partie a pour décor la Cour d’Assises. Dans une atmosphère surchauffée par les controverses #MeToo et #BalanceTonPorc, nous assistons au procès nourri de questions incisives, intrusives, voire cruelles. Quand la présidente se tait, les avocats prennent le relais. Devant eux, accusé, victime et témoins ne sont plus que des êtres humains mis à nus. L’autrice qui a assisté à pléthore de procès, nous offre des plaidoiries qui sonnent juste, énonce des vérités antinomiques et inconciliables, selon les parties en cause. On passe de la sidération de la victime au déni de l’agresseur, on entre dans la psychologie de chacun d’eux, dans leurs mondes respectifs et leurs codes.

J’ai beaucoup aimé le parti pris de ce livre qui aborde l’histoire sous l’angle de l’agresseur et de sa famille. J’en recommande la lecture qui nous interroge sur la vulnérabilité des femmes, ainsi que sur la vieillesse. J’ai vraiment adoré ce roman où l’auteur pointe la violence de notre société qui valorise la performance et la dureté des relations humaines qui deviennent factice à cause des réseaux sociaux.  

#Leschoseshumaines #Karine Tuil

Myriam E.Mitakos

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