Du côté des livres : Le rivage de la colère — Caroline Laurent — éditions Les escales 2020

Rivage de la colère raconte l’histoire de Marie-Pierre Ladouceur et des siens. Lorsque commence le roman, elle vit sur l’île de Diego Garcia, la plus grande île de l’archipel des Chagos, dans l’océan Indien. Elle y mène une vie paisible faite de petits riens, entourée des siens, en harmonie avec la nature et sa culture. Débarque Gabriel, un jeune Mauricien venu de la ville qui l’éblouit, avec ses traits fins, sa timidité, et son allure toute en élégance et en réserve. S’ensuit une histoire d’amour fou, qui va accompagner le lecteur pendant tout le livre. Gabriel est venu seconder l’administrateur de Diego Garcia, qui est une dépendance de Maurice. Mais lorsque l’île Maurice accède à l’indépendance en 1967, le destin de ses habitants, ainsi que celui de Marie-Pierre et Gabriel, va être bouleversé.

Ce livre est un de mes gros coups de cœur littéraire, la plume de Caroline Laurent  incarne si joliment l’Histoire. Ses personnages fouillés et attachants apportent une dimension émouvante à cette lecture. En outre, la narration bien menée nous tient en haleine. Les sujets abordés sont profonds et nous parlent de colonisation, d’indépendance, d’exil forcé, d’analphabétisme, de ségrégation, de déracinement et d’injustice. Nous allons à travers cette fiction, prendre conscience du drame du peuple Chagossien qui aujourd’hui encore revendique son retour dans leurs îles. Nous allons assister, emplis de colère, à l’injustice subie par les Chagossiens. En effet en 1965, si le Royaume-Uni accepte le principe d’élections générales qui décideront de l’indépendance de l’île Maurice et de ses dépendances, dans le plus grand secret, il est décidé que certaines de ces dépendances, dont les îles Chagos, au nord-est de Maurice, resteront sous administration britannique. Le but : donner ces territoires à l’emplacement stratégique, en location aux États-Unis, qui vont y créer une importante base militaire. Les îlois, une population d’environ 2 000 personnes d’origine malgache, installée là depuis la fin du XVIIIe siècle, vont être embarqués de force sur le navire Nordvaer, déportés vers l’île Maurice et les Seychelles, et y connaître un sort misérable, devenant des parias : « Sauvage. Sagouin. Nègre-bois. Voleur. Crétin. Crevard. Fils de rien. Chagossien, ça voulait dire tout ça quand j’étais enfant. Notre accent? Différent de celui des Mauriciens. Notre peau? Plus noire que celle des Mauriciens. Notre bourse, vide. Nos maisons, inexistantes. » Ils ne reverront jamais leurs îles. Comme dans son livre précédent, Caroline Laurent, une femme s’empare de ce combat.

Je vous recommande vivement cette lecture. 

Myriam Mitakos

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