Ordesa — Manuel Vilas — Éditions du Sous-sol 2019

Manuel Vilas a ressenti la nécessité à la mort de sa mère d’écrire sur ses parents. A jailli de cette pulsion un texte nostalgique et poétique, plein d’amour et de gratitude qui se révéla un phénomène de librairie en Espagne. Les grands quotidiens El Pais et El Mundo l’on désigné Meilleur livre de l’année élevant Manuel Vilas au rang d’écrivain majeur de la littérature espagnol.

Ce livre est composé de 157 fragments : de brèves réflexions de l’auteur sur le sens de la vie, sur sa famille, sur sa classe sociale, sur la cartographie de son pays et de son histoire à la sortie du franquisme au moment où ses parents étaient encore jeunes. 157 fragments comme un monologue intérieur où un simple objet réveille la mémoire, et, avec lui, tous les gestes, habitudes, réflexes, paroles, qui lui servaient d’écrin ; tous les souvenirs qu’il découpe et auxquels il sert, avec d’autres objets. La Seat et les costumes toujours impeccablement repassés du père, la dépense de la cuisine de la mère, sa passion pour les parfums chers, le cagibi où elle entassait tout ce qu’elle finissait par casser, en particulier les santons de la crèche, tous ces objets servent de fixateur. Ils appartiennent à l’intimité, à la société. Il y a les objets disparus qui racontent une époque, et à la manière de Pérec, on se souvient.  

Dans ses fragments et dans l’épilogue constitué de poèmes, il parle essentiellement de ses parents, mais aussi de ses fils, de son divorce, de son alcoolisme, de ses rencontres, de son métier d’enseignant mal payé et mal reconnu.

Le thème de la pauvreté innerve tout le livre. Le manque d’argent engendre la frustration, la colère, les fantasmes de consommation quand l’auteur rêve d’offrir à ses parents les meilleurs restaurants ou qu’il reproche drôlement à sa mère les frais des funérailles. Mais la notion va bien au-delà de la privation de biens matériels pour devenir une forme d’ascèse, une façon d’échapper à la violence capitaliste qui fait rage en Espagne comme ailleurs.

Ordesa est un roman profond écrit avec simplicité et honnêteté dont le nom est celui d’une montagne que le père de Manuel Vilas aimait en particulier, au point que pour ce dernier, ces vallées et ces sommets finissent par l’incarner… La couleur jaune de la couverture que l’on retrouvera tout au long du roman représente les stades de l’âme et de la conscience mais aussi la folie et le brouillard de la mémoire. 

Myriam E. Mitakos

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