Du côté des livres : Murène — Valentine Goby — Actes Sud 2019

L’incipit claque comme un métronome, une succession de mots précis en guise d’introduction et nous sommes plongés dans l’univers littéraire de Valentine Goby. Son écriture est « typée » donc « clivante. » Personnellement, je m’en délecte. De nouveau, un homme fascine l’auteure et lui donne envie d’écrire : il s’agit de Xu Qing, médaille d’or en natation aux jeux paralympiques de Rio en 2016. De nouveau l’histoire du protagoniste se glisse dans la grande Histoire, dans la genèse du handisport. J’ai beaucoup aimé découvrir cet homme qui va changer ses manques en pleins afin de trouver une place autre. 

François Sandre a vingt-deux ans, un corps splendide et puissant, une fiancée, et la vie devant lui. Nous sommes en 1956, lors du terrible hiver qui sévit sur la France; François, qui est en congés intempéries, part dans les Ardennes pour aider un cousin… Un accident en décide autrement. Et il est brûlé au troisième degré. Un chirurgien le rattache à la vie en lui amputant ses deux bras. 

A travers cette histoire, nous assistons au chemin de croix de cet homme au buste orphelin qui au réveil de son accident, se retrouve non seulement amputé de ses bras mais aussi de sa mémoire : le choc ayant effacé les quelques semaines qui précèdent l’accident. Il va devoir vivre avec sa nouvelle enveloppe, ses manques, apprendre la dépendance aux autres. Tout au long du livre nous sommes les témoins de l’ingéniosité dont il fait preuve, en inventant une série d’objets afin de dompter sa dépendance, de tenter de devenir plus autonome.  Nous allons suivre la métamorphose de cet homme qui pourrait décider de mourir, son auto-nomination en autre chose qu’un homme, puisque homme « normal », il n’est plus. Si sa mère couturière, le pense Stockman, si la dame qui vient s’occuper de lui le  perçoit comme la Vénus de Milo mais en laid, si sa sœur candide le voit comme une souche, un Menhir… Lui, que pense-t-il être devenu ?   Lors d’une visite dans un musée, il a une révélation, il sait que depuis son accident « il a changé d’espèce » et en observant un poisson, il se reconnaît, oui il est « murène. » Il y a aussi l’immersion accidentelle dans un lac de haute montagne où il jouit de la sensation de l’eau sur sa peau, puis une rencontre providentielle. Dans les années 1950 nous assistons à l’émergence de ce qui deviendra le Handisport et dans une association François apprendra à nager comme une murène… 

Myriam E. Mitakos

#murène #ValentineGoby

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