Eldorado

Le téléphone a sonné : « on a trouvé une famille pour toi ». En deux jours, j’ai quitté mon pays. J’ai traversé la Turquie, planquée dans la soute d’un bus. A mon arrivée, nul membre de  ma famille ne m’attendait  comme cela avait été convenu. Les passeurs ont confisqué mon passeport et m’ont placée chez une dame âgée. On ne m’a pas laissé le choix. Ils m’ont dit que je devais rester là jusqu’à ce que je m’acquitte du prix de ma traversée. Depuis, jour après nuit, ils me sous-payent pour récurer la maison, pour cuisiner, aider la vieille. Mais celle-ci n’est qu’un prétexte. Il y a des hommes qui viennent, l’haleine avinée. Elle leur ouvre la porte puis se retire. Eux laissent traîner leurs mains sur mon corps et s’amusent avec moi dans la chambre du fond. Parfois, ils me frappent. Lorsqu’ils partent, ils lui donnent de l’argent et elle leur sourit. Chaque jour, ils reviennent. Chaque jour, ma gorge se  sature de larmes. Hier, j’ai vu où la vieille planquait la clef. Dans la nuit, ses râles et ses ronflements, encore. Alors, j’ai pris la clef et avant de m’enfuir, j’ai saisi l’oreiller de plume et j’ai appuyé très fort.

Myriam E.Mitakos

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s