Leurs mondes

La salle est pleine, Grailler est intimidé. C’est  la première fois. Il ne se sent pas à sa place, alors il attrape tous les verres qui passent. L’endroit est plutôt classe. Les plateaux qui circulent proposent de fines mignardises et des coupes de champagne. C’est vraiment pas un endroit pour lui… et pourtant « il en est » comme on dit !

Une dame élégante lui sourit. Grailler se retourne instinctivement et ne constate personne derrière lui. 

  • Bonjour jeune homme, je me présente madame Bienvenue… je suis de la famille depuis… Une éternité ! Vous êtes ?
  • Euh… Grailler.

Madame Bienvenue sourit, puis lance :

  • Grailler ! J’adore ! Venez, ne restez pas là, il faut que je vous présente monsieur Bouffer, et madame Grainer, vous allez bien vous entendre… en disant cela, elle passe son bras sous le sien et l’entraine parmi les convives.

Grailler se laisse porter, trop heureux de cette aubaine. Chemin faisant, la dame fort jolie au demeurant lui dresse un portrait de leur coterie : 

  • Là-bas, le groupe qui a l’air pincé, ce sont les anciens… ils ont du mal avec les nouveaux… restent entre eux, se raccrochent au passé… ils ont trop peur de l’évolution et d’être mis au pilon. Elle rit. De la main elle désigne un autre groupe : Eux avec leurs belles toilettes ce sont les intellos du groupe, ceux qui fréquentent “la haute société, les hauts poèmes, la haute littérature“. Ce sont les pires, ils nous méprisent…  On y trouve beaucoup de parvenus. Elle lui décoche un sourire bienveillant et continue : Mais vous n’avez rien à leur envier, vous avez la fraîcheur de la jeunesse et vous êtes en accord avec la société…

Grailler acquiesce du chef, mais reste muet. Cette entrée dans ce monde l’impressionne, il se sait petit devant eux… et puis la tête lui tourne, il faudrait qu’il se mette quelque chose sous la dent. Il stoppe net leur marche :

  • Madame, il faut que je becte un truc là, j’ai la tête qui vrille… 

Une moue de désapprobation tord les lèvres de Madame Bienvenue, elle les connaît les jeunes recrues, ils boivent tous plus qu’il ne faudrait. D’un geste sûr, elle arrête un serveur et dit à l’adresse de Grailler : 

  • Oh jeune homme ! Il serait fâcheux de vous faire remarquer par un étalage outrancier.

Grailler songe qu’elle a raison, qu’il pourrait gâcher par un propos prosaïque son désir d’émancipation, car avouons-le, il rêve d’en être, de se fondre parmi les grands.

Il attrape deux mignardises qu’il engouffre d’une traite, sa main en saisit immédiatement deux autres.

  • Doucement ! On ne vous a donc pas appris les bonnes manières ? le ton de sa voix est sec subitement.

Grailler rougit, tandis que le serveur narquois sourit. 

Madame Bienvenue lui reprend le bras et ensemble ils se faufilent parmi les invités, soudain son visage s’illumine et elle hèle un groupe de personnes agglutinées autour du buffet au fond de la salle.

  • Je me doutais bien que je vous trouverai là ! Laisser-moi vous présenter un collègue. Grailler… Grailler voici Grainer, Bouffer, Pouffer et à l’adresse du quatrième drille : nous n’avons pas été présentés, vous êtes ? 

Le jeune homme lui adresse un regard aguichant et d’une voix rieuse :

  • Pécho madame, dis madame  ton père il n’était pas voleur ?
  • Voleur ? 
  • Ben oui, il a volé toutes les étoiles du ciel pour les mettre dans tes yeux ! 

La petite troupe éclate de rire et Grailler n’est pas du reste. Madame Bienvenue a les joues en feu. Déjà elle s’écarte :

  • et bien Grailler, je vous laisse…

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