Lundi… revoit Vendredi

Ces dernières années, Lundi et Vendredi ne se retrouvent guère,  chacune est esclave  d’emplois du temps élastiques à souhait. Cette rencontre, c’est Lundi qui l’a provoquée. Ce bar où elle attend, c’est Vendredi qui l’a choisi. Ce qui a motivé cette invitation subite de Lundi tient au triste constat d’une amitié qui s’étiole… 

Lundi est assise dans un angle de la salle, elle en a ainsi une vision globale. Pourtant quand Vendredi y pénètre tel un tourbillon joyeux, elle se laisse surprendre. En deux enjambées Vendredi fond sur elle :

  • Hey Lundi ! Je n’y crois pas ! Tu n’as pas changé, en disant cela Vendredi

harponne fermement son amie par les épaules et la manipule pour la constater.

Lundi reconnaît immédiatement la fougue qui anime Vendredi et se laisse aller, même si elle n’aime pas cette phrase hypocrite qui l’apostrophe, car elle le sait elle a vieilli. Elle observe son amie et admire sa fraîcheur, le temps semble glisser sur elle. Dans un filet de voix elle lui souffle :

  • Toi non plus… tu n’as pas changé, je dirai même que tu as l’air plus jeune. Un miracle !

Vendredi étouffe un petit rire puis enchaîne :

  • Combien de temps… combien de temps depuis notre dernière virée ? 
  • Quinze ans !
  • Quinze ans ! Non ce n’est pas possible ! Elle éclate d’un rire tonitruant qui emplit le bar.

Son entrain est coupé net par les mots de son amie.

  • J’espère qu’on se verra plus souvent car dans quinze ans, à l’allure où va le monde je ne suis pas certaine que nous soyons là !
  • Arrête Lundi ! Mais Vendredi constate les traces du temps sur son amie, la lueur moins vive de son regard jadis lumineux. Cependant, elle continue : Allez c’est moi qui offre, tu bois quoi ?
  • Une verveine…
  • Quoi, une verveine ! mais dis, t’as viré mémère, ma parole… Non, non laisse faire, aujourd’hui c’est fête ! 

Vendredi lève son bras et l’agite en direction du serveur en vocifèrant : deux Spritz s’il vous plait. 

  • Spritz ? 
  • Ne m’dis pas que tu connais pas ! C’est très en vogue en ce moment…

Ces mots torpillent Lundi, la renvoient à sa solitude, au temps qui passe et qui l’écorche. Elle se sent piégée alors elle se justifie :

  • Tu sais cela fait des années que je ne sors plus, je suis éreintée par mes journées de travail, les soucis des autres, leur mauvaise humeur…
  • Ben justement tu devrais sortir avec moi en fin de semaine. Voir du monde. Tu nous as tous lâchés… 
  • Sortir comme tu fais, j’ai plus très envie, j’ai passé l’âge !
  • Oh lala… mais c’est quoi cette déprime ? Je te laisse un peu et hop c’est la débandade ! 

Lundi soupire :

— Un peu, tu exagères ! Tu ne m’appelles plus, tu fais ta vie… j’ai de tes nouvelles par Samedi et les autres… elle me raconte tes frasques… je ne sais pas comment tu tiens à ce rythme là. 

Vendredi ne comprend pas la sécheresse dans la voix de son amie, et n’aime pas le mot « frasque » si péjoratif… Lundi hausse le ton et d’une voix tremblante ajoute :

  • Oui pour toi c’est facile, alors que moi je dois affronter tous les mécontentements du monde … chaque début de semaine, ça ne rate pas, une nouvelle raillerie sur moi ; tandis que pour toi, c’est l’inverse, les gens t’adorent… 

Vendredi se tait, elle sait que Lundi dit juste, que pour elle la vie a toujours été plus facile.

Myriam E. Mitakos copyright tous droits réservés 5 mars 2019

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