Du côté des livres : Le lambeau — Philippe Lançon — Editions Gallimard 2018


Un grand livre.

Philippe Lançon, journaliste à Libération et à Charlie Hebdo, rescapé de l’attentat terroriste du 7 janvier 2015 contre l’hebdomadaire satirique mais très grièvement blessé au visage et aux bras, raconte de manière intimiste sa lente reconstruction – 17 opérations et une greffe d’un morceau de son péroné en guise de mâchoire…
Ne lisant pas de témoignage, je n’étais pas attirée par ce livre, mais les propos dithyrambiques qui le couvraient m’ont convaincue de l’acheter. Et bien, je ne fus pas déçue, car ce livre est excellent. Loin du propos voyeur, revanchard et plaintif que je redoutais.
A travers ce texte de plus de 500 pages, l’auteur nous embarque avec lui dans cette expérience hors norme. Il utilisera l’écriture très rapidement, comme d’un instrument de reconstruction. Des mots utilisés pour survivre et se réapproprier la violence dont il a été victime, pour se remettre de cet état de stupéfaction et de sidération qui suivi le massacre, ces minutes insoutenables transformées « en mauvais rêve ». Des mots pour appréhender demain. Il raconte avec une grande sincérité ces mois de reconstruction, son rapport à ces proches, au personnel médical, à son corps, à la douleur et au monde extérieur qui semble s’être évaporé suite à son placement longue durée à l’hôpital. Ce parcours est parsemé de souvenirs d’enfance et de jeunesse, de détails prosaïques dépourvus de narcissisme. Car ce qui m’a le plus marquée dans son écriture c’est ce pacte de sincérité qui lie l’auteur à elle. Une écriture essorée de narcissisme, une pensée brute et profonde dépourvue de jugement hâtifs et de haine. Ce livre parle de la place et du statut du survivant, de sa solitude, de son rapport au monde, de ses peurs. Il parle avec beaucoup de tendresse du monde hospitalier, de son humanité.
Des antidotes contre le découragement vont l’accompagner et l’aider, au delà des hommes (du milieu hospitalier et des proches), il s’agit de la littérature, de la musique, de la photographie et de la peinture. Il y trouvera les mots, l’humour, l’émotion nécessaires pour appréhender son état et son avenir. Le livre s’achève cependant du côté fragile de l’homme ; là où règne l’angoisse post-traumatique.
Je recommande la lecture de ce fabuleux opus.

Myriam E. Mitakos

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