Lio et Polo

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Lio ne dort plus, ne mange plus depuis la soirée du 14 juillet. Afin de dissiper le trouble qui l’assaille, malgré la chaleur caniculaire qui sévit, elle décide de rendre visite à Jacques, son amoureux du collège. Chemin faisant, elle pense à Paul, elle ne peut pas s’en empêcher. Pourtant ils ont quinze ans de différence. Il est marié à Clara, sa cousine.

Pour ne pas succomber à ses pensées interdites, elle se met à courir et arrive essoufflée au domaine. Elle grimpe les escaliers qui mènent au perron de la demeure et Paul apparaît dans le cadre de la porte ouverte.

— Où cours-tu comme ça la belle ?

— Ah ! Salut Polo ! Ce diminutif lui a échappé, le rouge lui monte aux joues.

— Ben Lio tu fais pas la bise ? Continue Paul.

— … Si si.

Il place ses mains sur ses épaules nues. Ce contact l’émoustille. Cette femme qu’il a connue enfant lui tourne la tête. Depuis les fêtes de Noël, il n’attend que son retour au village. En l’embrassant, il pose sa bouche près de ses lèvres et plaque son corps contre le sien. Ce dernier se raidit et opère un mouvement de recul.

— Alors Lio quel bon vent t’amène malgré la canicule ?

Elle répond qu’elle est venue voir Jacques. En prononçant ces mots, elle ne sait plus si c’est vrai. Face à Paul, la confusion se fait la part belle et elle frisonne.

Lui savoure cet instant, il sait qu’il lui plaît, il connaît les femmes, le langage de leur corps. Il sifflote et s’exclame :

— Dis donc, tu deviens une rudement belle femme ! En disant cela, son regard gourmand glisse sur son corps, sur son décolleté qui laisse entrevoir la naissance de ses seins.

Gênée, elle baisse les yeux. Elle se demande quelle folie lui a dicté de venir ? Dans quel dilemme se place-t-elle ? La femme de Paul est sa cousine, elle ne peut pas lui prendre son homme, cette dernière l’a un peu élevée quand sa mère est morte. Comme s’il lisait dans sa tête Paul lui dit :

— Quand je pense que quelques années plus tôt je te prenais sur mes genoux…

Elle songe que le temps passe vite, qu’il a raison qu’elle est devenue une femme et lui un homme mûr. L’émotion et la chaleur la font vaciller, elle demande à entrer pour attendre Jacques au salon. En guise de réponse Paul place son bras à l’horizontal, sa main gauche sur le chambranle de la porte lui barre le passage.

Il se rapproche d’elle et demande d’une voix suave :

— Ça te fait quel âge maintenant ?

— Vingt et un ans… En disant cela, elle prend conscience que désormais, légalement tout est possible entre eux, qu’il n’est plus question que de morale et de « qu’en dira-t-on ». Pour chasser son trouble elle demande à nouveau :

— Tu ne me laisses pas entrer ?

— Pourquoi ? On n’est pas bien là tous les deux ?

Ils restent silencieux, se fixent dans les yeux. Dans la tête de Lio, les pensées contradictoires s’entrechoquent. Elle tente d’ignorer son désir pour Paul. Elle se dit qu’elle pourrait sortir avec Jacques, qu’il n’attend que ça. Elle songe que ce doit être facile de transformer un amour d’enfant en amour adulte et puis il est mignon et jeune comme elle. Alors elle déclare à Paul pour le dissuader :

— Avec moi ça marche pas. Avec les autres femmes peut-être, mais pas avec moi.

 Il se tait, la regarde intensément, et semble lui dire : tu m’aimes et je le sais. On ne peut rien contre ça.Troublée, elle insiste :

— Arrête, c’est pas la peine !

— L’autre soir à la fête du 14 juillet tes yeux disaient autre chose, non ?

Il se rapproche d’elle, son souffle l’effleure, il peut voir les fines gouttelettes sur sa peau. La respiration de Lio s’accélère, elle balbutie :

— J’étais heureuse de vous revoir, toi … Clara, ton frère Jacques, tu sais c’est dur pour moi de vivre loin de vous…

Il la coupe, sa voix se fait pressante :

— Tu avais plutôt l’air très heureuse de me revoir…

— Arrête Paul, tu es marié !

— Et alors ? À quoi bon résister ? Je t’aime et tu m’aimes.

Sa bouche s’approche dangereusement de la sienne, elle ferme les yeux !

— Ah Lio, Paul, vous êtes là !

Leurs corps se détachent à la rapidité de l’éclair et ils se tournent dans un mouvement unique vers Clara qui s’avance vers eux.

 

Myriam E.MItakos, Copyrights tous droits réservés

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