Du côté des livres : Un monde à portée de main – Maylis de Kerangal – éditions Verticales 2018

Un monde à portée de main par Kerangal

Paula Karst, après un bac terne, une inscription en droit et deux ans à végéter en cherchant sa voie, s’inscrit à l’Institut de peinture rue du Métal à Bruxelles pour une formation courte mais intense. Elle veut apprendre à peindre les décors, à maîtriser l’art de l’illusion, du trompe-l’œil. Rapidement, elle quitte Paris et ses parents et s’installe avec son nouveau colocataire, Jonas.  Là, elle va apprendre à reproduire les matériaux du monde végétal, animal et minéral. Elle va apprendre à voir, à s’approprier, à incorporer des connaissances pour les retranscrire à travers le prisme de son imagination au sens baudelairien du terme (à savoir la mise en connexion de savoir, de sens et de souvenirs). Ce seront des mois éprouvants, tels un rite de passage où son corps sera meurtri (par les pauses, les mouvements) shooté par les odeurs des dissolvants. Durant ces mois d’apprentissage, son colocataire Jonas le virtuose va la voir, la conseiller, l’initier. Même s’ils ne se racontent pas, ils vont créer une intimité faite du partage d’un même espace, d’une même expérience et ils vont s’aimer sans s’en rendre compte. La deuxième partie du livre est celle des chantiers, celle où Paula bouge, expérimente l’autre monde. Après Bruxelles la grise et pluvieuse, il y aura Rome étouffante et ensoleillée puis  Moscou froide, et enfin Lascaux qui pose la question du livre : celle de l’origine de la trace, de la naissance d’une des premières images.  Mais avec le fac-similé de Lascaux qui reproduit une image parfaite pour donner l’illusion que la grotte existe toujours, elle interroge son rapport à la fiction. Les visiteurs visiteront du faux pour s’approcher de la vérité. Et c’est là que l’auteur opère un parallèle formidable entre le fac-similé et la fiction. Car le fac-similé comme la fiction a un pouvoir de vérité incroyable. Maylis de Kérangal auteure que j’adore par son écriture cratyléenne, cherche un langage juste et précis, utilise un vocabulaire qui dissipe le flou. J’aime cette volonté de précision, ces mots techniques, poétiques. Elle n’utilise pas le semblable d’un mot. Avec elle il n’y a aucune ressemblance pour désigner une chose. Mais cette précision qui réactive les mots de notre si belle langue m’a parfois laissée de marbre. Trop de technicité m’a gardée à distance du personnage de Paula… Et ce sera mon seul bémol.

 

Myriam E. Mitakos

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