Extrait/Roman/A quatre mains/ Pour vous

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« Lors de mes passages à Paris, pour garder un lien avec ma mère, je m’étais toujours arrangé pour la voir ailleurs que chez elle. Jamais, je n’étais revenue sur les lieux de mon enfance. Toujours, j’avais préféré des endroits neutres, où nous serions égales. Nos choix se portaient sur de beaux restaurants, annonçant des mets gourmets, dans des espaces chargés d’histoire, afin de ne pas être rattrapées par la nôtre. Nous choisissions des maisons disposant de larges vestiaires où nous pouvions déposer nos haines et nos souffrances. En quinze ans, nous avons poussé les portes de tant de hauts lieux parisiens, rendant gloire à la haute gastronomie, que j’aurais pu éditer un recueil sur les plus belles tables de Paris. Une quête incessante de l’endroit parfait. Mais, à chaque fois, notre passif nous rattrapait. Mes plaies s’ouvraient et suintaient, et j’attendais un miracle : le mot, le geste magique qui transformerait ma mère en bonne infirmière, qui panserait mes blessures. Chimères. Attentes perdues. Aucun chef étoilé ne parvint à exaucer mon vœu.

Aujourd’hui, je souris en pensant au spectacle pitoyable que nous devions donner. Nous offrions, à quiconque aurait pris la peine de nous observer, un bien triste tableau. Une scène ridicule. Un binôme mal assorti : la châtelaine et la domestique ! »

Extrait tiré du roman « A quatre mains » – Myriam Elice-Mitakos – Editions Baudelaire 2017

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