T’entendre

 

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Nous sommes à vingt jours du marathon, un mercredi signalé dans mon agenda par les lettres : SL (sortie longue).  Un mercredi matin  où le soleil noie l’horizon de ses reflets roses, un matin au ciel limpide, un matin tout simplement splendide et prometteur pour le coureur que je suis.

 

Et pourtant, une langueur me fait traîner au lit, plus longtemps que de coutume.

 

Je suis surpris, dans ma paresse embrumée, par le claquement sec de tes pas déterminés, dans la cour. Tu rentres de l’école où tu as déposé nos enfants. Immédiatement il y a le bruit de la clef qu’on insère dans le chas de la serrure, le roulis de l’ouverture, un appel d’air infime, ton sac que tu balances sur le porte-manteau, le froissement du tissu de ton imperméable et quelque chose qui frappe le sol.

 

Mon cœur s’emballe… mon cœur d’amoureux. J’ai envie de crier ton prénom, de te signaler ma présence mais, je m’abstiens.

 

Je vais savourer les instants où clandestinement je goûterai ta présence.

 

Tu ouvres le robinet, remplis un récipient qui doit être la bouilloire électrique.  Le sifflement qui me parvient quelques minutes plus tard me le confirme. Il y a le choc mât des placards qui claquent quand tu les fermes, le cliquetis des couverts et le tintement des verres et des tasses que tu places dans le lave-vaisselle, le clapotis de l’eau dans l’évier, une série de sons ménagers cadencés.

 

Puis j’entends le son de la machine Nespresso, et je souris en pensant que seule toi puisses boire un thé accompagné d’un café.

 

Tes pas feutrés m’indiquent que tu t’es déchaussée, je peux voir tes adorables petits pieds nus marteler le parquet.

 

Le gloup gloup gloup de l’eau que l’on verse, m’indique que tu te sers du thé. Mon oreille attentive surprend un pétillement dont je ne peux déterminer la source, puis une chaise qui traîne sur le sol et le timbre bref d’un appareil électronique que l’on met en marche. C’est ton ordinateur. Tu vas te mettre au travail, profiter de la maison désertée pour écrire. J’adore te voir écrire, ta chevelure remontée et maintenue par un crayon.

 

En sourdine me parvient une mélodie connue et ta voix chantonne, légère : « There is no need for introductions, no dark corridor and fame, you’ll find your fortune hhhhummmm, hhhuuummm… » juste l’inflexion de ta voix épousant la musique, puis seulement la chanson avec la voix rouillée du chanteur du groupe.

 

Peu après, tes doigts se mettent à courir sur le clavier, avec une agilité que je te jalouse, un frappement alternatif, hypnotisant. Je glisse subrepticement entre la veille et le sommeil.

 

La sonnerie du téléphone me  fait retomber dans mon corps. Il s’ensuit  un grand fracas et le bruit de ton corps qui chute. Je ne peux réfréner un rire, songeant à la maladresse qui caractérise ton corps en mouvance.  Tu as dû te prendre les pieds dans quelque chose. Le téléphone continue à sonner dans le silence de l’appartement.

Myriam E.Mitakos

Copyright tous droits réservés.

 

 

 

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