Ground zero

9-11-Memorial

Elle approche à pas lents vers le premier bassin, caldera de granit noir, œuvre de l’architecte Michael Arad, construit à l’emplacement de la première tour. Il est immense à l’instar de la tour gigantesque qui s’élevait à son emplacement pendant vingt-huit ans. Sa profondeur de huit mètres est édulcorée par son périmètre qui échappe à la mesure humaine. Des jets d’eau tombent en cascade, festonnant son pourtour. Une eau lustrale qui s’épand abondante dans un bruit de fontaine sur cet étrange sanctuaire des temps modernes. Cette multitude de particules d’eau qui lèche les parois verticales du bassin, gravite ensuite puissante en son centre. Là, se tient un réceptacle, abyssal lui, un puits insondable où se déversent avec violence les eaux recueillies en son fond.

La sensation de purification de l’eau est rapidement supplantée par la sensation d’effondrement et d’engloutissement, surtout lorsque ses yeux se posent sur le puits carré du centre où l’eau disparaît impétueuse dans un grondement sourd.

Elle appuie sur l’icône appareil photo de son portable et immortalise sa présence sur le site. Déjà, elle le regrette.

Sa main se pose, à son insu, sur le nom et prénom d’une des innombrables victimes de ces attentats barbares du 11 septembre. Sa main caresse le nom gravé sur la surface de granit noir, pierre tombale par excellence puis glisse vers un autre. Des noms qui n’évoquent aucune familiarité pour elle, mais qui sont pour d’autres d’une intimité bouleversante. Soudain, sa poitrine se serre, la manifestation de sa sensibilité qui lui fait toujours ressentir les choses avec davantage d’ampleur. Elle a un nœud dans la gorge, un barrage aux larmes qui ne résistera pas longtemps. Elle regarde autour d’elle à travers le flou de ses yeux et constate une foule compacte aux rires et voix tonitruants qui déambule frivoles. Elle se demande qui ils sont, elle y compris, pour souiller de leurs intérêts touristiques un lieu de recueillement et de mémoire.

Alors, elle s’éloigne sans aller voir le second bassin.

En quittant le lieu, elle remarque le musée consacré à cette tragédie, qui pour une somme de vingt-cinq dollars permet à notre curiosité malsaine de voir une chemise maculée de sang…

Finalement l’homme est ainsi fait, avide des malheurs des autres et si mercantile.

En se retirant discrètement, elle se demande si l’on doit payer pour visiter les camps de concentration.

Myriam E. Mitakos copyright tous droits réservés.

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