En catimini

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Ce matin, j’ai constaté un ciel particulièrement limpide à mon réveil. Aucun défaut. De ma fenêtre, j’ai remarqué que les bourgeons avaient éclos, délivrant des pétales aux couleurs printanières. J’ai souri en pensant que le printemps avait enfilé ses beaux attributs en quelques heures, comme on prépare une surprise en catimini. J’ai pensé lui dire : merci. J’ai ouvert la fenêtre pour mieux saisir l’ampleur de son œuvre et le chant des oiseaux s’est invité à mes oreilles. J’étais heureux.

Plus tard, en sortant de chez moi, l’ivresse qui avait accompagné les premières heures de ma journée, s’est évanouie d’un coup, malgré l’odeur fleurie de lessive qui embaumait ma rue. Une sensation désagréable s’est engluée à mes pas. De celle qui s’impose quand un malheur arrive. Je n’ai pas compris son intrusion dans cette belle journée de mars. J’ai essayé de ne pas y prêter attention. Il devait y avoir erreur.

Je me suis concentré sur ma rue. Tout était là comme à l’accoutumée, avec cet air de fête en plus. Plus bas, sur le boulevard, le bruit incessant de la ville a couvert les trilles des oiseaux, les motocyclettes pétaradaient, le haut-parleur d’un chiffonnier crachait sa requête. Je suis passé d’un pas pressé devant une ribambelle de terrasses de café. Ces derniers temps, elles proliféraient telles des colonies de fourmis le long du boulevard, comme un remède contre la crise. Plus loin, j’ai aperçu les vitrines délabrées des boutiques abandonnées. Mon cœur s’est serré.

Pourtant, c’était une belle journée. Mais il y avait quelque chose en moins dans toute cette profusion de fleurs et d’arômes. Et de bruit. Une sensation de vide. J’ai alors décidé de faire marche arrière, de revenir sur mes pas, de retourner chez moi. Je me suis dit que ce chemin à contre-courant me permettrait d’appréhender la cause de mon malaise. J’ai marché, attentif au moindre détail.

En arrivant devant chez moi, j’ai reçu une décharge dans la poitrine. Le tas de pouilleries qui occupait l’angle de l’immeuble avait disparu. Et avec lui, la femme en loques qui y habitait. Disparus en une nuit sans crier gare. Une boule de honte m’a étranglé. Mon regard s’est flouté. J’ai couru vers le kiosque à journaux qui se situe en face de chez moi, pour savoir. Avec une indifférence blasée, le type à l’intérieur de son édicule m’a expliqué que le corps de la femme avait été ramassé ce matin à l’aube. L’homme, qui m’a dit ça, avait l’air soulagé et moi j’étais bousculé.

Pendant que le printemps s’installait, elle était partie sans faire de bruit.

Maintenant, il était trop tard, même pour mes regrets.

Myriam E. Mitakos copyright tous droits réservés.

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