Les croisillons de bois blanc

sans-titre

 

A mon arrivée, le soleil au zénith darde la région de tous ses feux. Les cigales donnent un concerto éclatant et l’air dégage une odeur de terre sèche. C’est l’été. C’est midi.

 

Je ferme les yeux et m’imprègne de cette familiarité ambiante. Ma mémoire se met en branle. Le petit garçon se réveille.

 

Mes pas automates crissent sur la sente de graviers constellée de taches de lumière créent par le passage des rayons solaires à travers la frondaison des arbres.

 

Mes pas avancent sous cette arche de verdure et, elle approche. Après le chêne-liège, elle apparaîtra. Mon cœur se serre.

 

J’atteins le chêne et la voilà : ouverture qui veille le visiteur.

 

C’est une fenêtre qui ne subit pas les effets du temps, fidèle reproduction de ma mémoire d’enfant. Elle s’offre aux yeux, avec ses croisillons de bois blanc, encadrée de volets bleus. Deux gigantesques vignes vierges l’entourent et la nimbent de vert, dans un jeu de lumière et d’ombres qui m’apaise.

 

Alors, mon corps se fait léger, mon sang pulse, ma poitrine s’élargit et un sourire conquérant dévore mon visage.

 

Après quelques pas supplémentaires, je me poste derrière le tronc du grand platane séculaire et, j’observe avec convoitise ce rectangle de bois qui cristallise toutes mes espérances.

 

Je ne peux distinguer la forme humaine qui vit derrière les carreaux, mais je l’imagine s’agiter dans la cuisine. Il me semble entendre le doux vacarme de la cuisinière qui s’affaire autour de ses casseroles. Je présuppose des petites pommes de terre qui dorent dans le four et de la viande qui mijote sur le feu.

 

Elle doit arborer un des tabliers au tissu d’une autre époque, offert par le petit garçon que je fus.

 

Sur la table, recouverte d’une nappe à carreaux, les couverts et les assiettes doivent attendre leur mise en place. Nous dresserons la table ensemble, dans un joyeux tintement de porcelaine, de verre et de métal dépareillés.

 

Pour l’occasion, elle a dû aller au cellier chercher une bonne bouteille de vin et sur un plateau doit trôner fièrement la bouteille de porto et son inséparable paquet de Tuc.

 

Je souris en pensant aux motifs délavés et démodés des serviettes de table qui détoneront, plus tard, avec les carreaux de la nappe.

 

Je voudrais m’élancer à sa rencontre, claironner « mémé » mais je résiste. Je reste encore un peu et je savoure ce moment qui précède nos retrouvailles.

 

Soudain, la veille dame se campe devant la fenêtre et aperçoit le bout de tissu blanc qui jaillit du tronc d’arbre et trahit ma présence.

 

Alors, tout se bouscule et s’entrechoque, tout est effervescence. La fenêtre s’ouvre, les effluves s’approprient la cour dans un tintamarre de cris enthousiastes et de gestes désordonnés. Déjà, son corps disparaît et court vers la porte. Déjà, je me précipite.

 

Myriam E.M.

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