La moustache au chocolat

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Le tablier cousu, dans un joli liberty violet, par marraine Fabienne est solidement noué par la mère, autour de la taille de la petite Inès. Ses mains fraîchement savonnées sentent le propre. Elle est prête pour une interprétation singulière de la recette du gâteau tout chocolat ! Ses yeux roulent comme des billes d’un bol à l’autre. Sa voix piaille d’impatience. Elle veut tout faire, toute seule. Mais surtout elle aimerait que les étapes se succèdent vite, car le meilleur est la fin.

Sa maman a tout préparé, elle a mesuré, pesé et versé dans des bols aux couleurs chamarrées les différents ingrédients, même les coquilles d’œuf ont été brisées, les blancs et les jaunes ont été séparés. Cette prévoyance évitera des cris inutiles, et le croquant sans pareil des coquilles tombées dans la préparation. La fillette monte sur un petit escabeau de bois, composé de deux larges marches qui lui assureront la hauteur et la stabilité nécessaires pour la réalisation du fameux gâteau au chocolat de mamie Brigitte.

Il s’agit d’une recette ancestrale, transmise de génération en génération, après avoir subi les aléas des personnalités de chacun. Inès et sa mère, avec ce cérémonial joyeux et très organisé, apporteront leur touche personnelle. La constance de cette tradition immémoriale se situe dans les mains de toutes les petites filles de la lignée. Des petites mains qui se sont affolées devant les ingrédients et, qui ont tripoté tous azimuts. Des générations de corps d’enfants en tablier qui gigotent comme manipulé par un diablotin. Ce gâteau est donc un paradoxe de continuité et de changement à lui tout seul !

« Par quoi je commence, maman ?

  • Comme toujours,  psichi mou*, tu mélanges le sucre avec les jaunes d’œuf.
  • Comme ça ?
  • Oui c’est très bien ! »

Après c’est toujours pareil, Inès attrape le fouet manuel et tourne vigoureusement le mélange, jusqu’à ce qu’il blanchisse. De coutume, sa main se fatigue et la maman achève l’étape. Ensuite, la mère tamise la farine avec la levure et la petite fille la verse sur la préparation œufs/sucre. Des projections de particules blanches forment un pochoir rond autour du grand saladier en plastique blanc. De sa main droite, Inès serre le fouet, tandis que sa main gauche maintient le récipient. Le geste est concentrique et méticuleux, elle doit éviter de faire des grumeaux. Ses doigts inéluctablement plongent dans la concoction sucrée et finissent subrepticement dans sa bouche. Il s’agit de la vérification de la bonne consistance et du goût de la pâte  : « Hum c’est très bon ! » s’exclame Inès. Désormais ses doigts sont poisseux et tout ce qu’elle touche colle. La mère se contient et, renvoie au fond d’elle-même ses principes ménagers. Elle respire et se concentre sur l’enthousiasme de sa fille. Elle nettoiera après.

L’étape tant attendue de l’incorporation du mélange chocolat/beurre fondu arrive, et un large sourire barre le visage de la petite. Tout en mélangeant, la cuiller par des va et vient escamoteurs dessine les prémisses d’une moustache. La mère beurre le moule et le farine. Inès, à l’aide du batteur électrique que la mère a mis en marche, bât les blancs en neige. Mais la fermeté ne vient pas, car le geste est imprécis et maladroit. L’esprit de la petite est ailleurs, il vagabonde vers les délices imminents.

« Inès, tu vas en mettre partout!

  • Oh maman, tu peux terminer ? »

Et là, elle ne quitte plus des yeux le saladier qui contient la pitance ! La réalisation de la recette touche à sa fin. La mère incorpore les blancs en neige délicatement, en effectuant des mouvements légers du bas vers le haut pour emprisonner les particules d’air qui donneront cette consistance moelleuse au gâteau. Puis, Inès maintient de ses deux mains le saladier pendant que la mère verse la pâte dans le moule. Elle émet moult supplications afin que sa mère ne racle pas trop les parois. A peine le moule enfourné, les mains d’Inès qui n’ont pas lâché le récipient, l’auscultent de ses doigts et sa tête se perd à l’intérieur.

Voilà comment se font les moustaches au chocolat à la manière de Inès !

* mon âme en grec

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